01.09.2009
Et c'est quoi votre métier? 62
CHAPITRE XXIX suite 62
LE CLOCHARD
A quai, à Montevideo, le soir après le travail. Il fait doux, le second mécano et moi sommes accoudés à la lisse de plat bord, près de la coupée, à discuter du programme du soir. On se fait une côte de boeuf? OK. A cette époque, la plus petite faisait un kilo, pour une misère, dans le restaurant le plus huppé de la ville.
Un gars s'approche lentement de la coupée. Sac à dos, hirsute comme un pied nickelé, des godasses taillées dans des pneus, en bleu de chauffe cracra. Un vrai routard clodo.
Et voilà qu'il grimpe la coupée, et s'adresse à moi en espagnol: bonjour, je voudrais voir le Capitaine. Il ne peut pas savoir que je suis le second capitaine, je suis en short, T-Shirt et tongs. Je lui dis que le Capitaine est à terre, que je le remplace, et enfin, c'est pourquoi?
Là, il répète, en français parfait, que non, c'est le Capitaine qu'il veut voir et qu'il attend. Je lui redis, gentiment, que le Capitaine, il ne rentrera que vers tard dans la nuit. Et que veut il enfin? Il reste un moment sans parler. Puis il commence à raconter ce qu'il veut: Il est Français, sans le sou, sans papier à jour, et il veut rentrer en France sur notre bateau. Et comme quoi? Passager? Clandestin? Matelot? Pas de solution à lui proposer, sans que nous ne soyions pris en faute par les autorités locales et celles des autres pays où nous allons. Surtout que le gardien militaire l'a vu monter à bord. Nous sommes contrôlés et surveillés de très près pour pister les clandestins.
Et je lui dis que nous en sommes désolés. Il raconte alors son histoire:
J'ai 45 ans. Je suis ingénieur chez SIMCA, affecté à l'usine de Bello Horizonte au Brésil. Il y a six mois, j'ai eu une révélation, je ne peux ni ne veux plus vivre dans cette société de merde, qui ne prône que le matérialisme. J'ai tout quitté du jour au lendemain, ma famille, mon boulot, ma maison, et je suis parti sur la route, à pied, avec mes économies. J'ai marché, marché, et me voilà au bout de la route, à Montevideo. Maintenant, je dois rentrer en France pour régulariser ma situation vis à vis de ma famille et de SIMCA.
Je lui répète que c'est une belle histoire, mais que nous ne pouvons pas le prendre. Mais, je lui offre le gîte et le couvert pour ce soir. Et lui promets que demain matin, on lui arrangera son affaire avec notre agent et le consulat. Il bougonne, rouspète que, enfin, un bateau français, çà doit aider les paumés français. Non, pas d'autre solution mon brave. Finalement, il se range à ma solution. Je le mets entre les mains de notre garçon de salon pour la nuit.
Le lendemain matin, l'agent l'emmène au consulat. Nous saurons dans la journée que son rapatriement avait été organisé, en avion, le consulat ayant eu des garanties de SIMCA. Entre temps, avant de partir, il est venu nous remercier, et s'excuser un peu en bougonnant encore. Ah! c'était un sacré caractère ce gars là. Un peu illuminé quand même....
17:13 Publié dans Marine | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mer, livre, navigation








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Commentaires
On rencontre de tout en naviguant ! Nous avons eu un cas semblable à Santos. Nous avons trouvé peu après notre départ un gars ivre mort dans la machine. C'était un mécano suédois qui s'était trompé de navire après une terrible bordée. Comment est-il arrivé à bord sans être repéré , je ne sais pas. Son navire le "Mayumbé" était à quai à Santos derrière nous. On l'a largué à notre escale suivante , non sans problème avec les autorités locales. Je n'ai jamais su son sort !!
François
Ecrit par : Brose François | 12.09.2009
Alors Francis , tu as une panne de stylo ?? Tu nous laisse sur notre faim. On attend avec impatience d'autres anecdotes vécues.
Amitiés
François
Ecrit par : Brose François | 22.09.2009
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