21.09.2009
Et c'est quoi votre métier? 64
CHAPITRE XXXI ( suite 64)
LE CLANDESTIN
Tous les cargos ont eu des passagers clandestins à bord, chacun avec des motivations différentes. Ainsi, l'un des bateaux de la Compagnie a eu un clandestin qui est resté deux ans à bord. Un Allemand, sans papier. Il était monté à Marseille. Le problème était de le débarquer, mais lui se plaisait bien, et comme il bossait dur, il est resté, le Commandant lui avait concocté des papiers provisoires pour les autorités. Il est parti une nuit, pendant une escale à Barcelone, avec son pécule, en laissant une lettre de remerciements très touchante.
Celui dont je vous parle là, on l'a découvert, ou plutôt, il s'est découvert tout seul après notre dernière escale à la remontée d'Amérique du Sud, Santos. Et il s'est présenté à la passerelle, vers 10h du matin, pendant mon quart.
Je vous le fais en Français: Bonjour, je m'appelle Juan, je suis Uruguayen, et je suis monté à bord à Montevideo. Moi: mais où étais tu? Dans un canot de sauvetage, et j'ai faim et soif. Où vas tu comme çà? Je voudrais débarquer à Las Palmas aux Canaries. T'as de la chance, on y va.
J'appelle le Commandant, qui prend le Juan par le brandillon et lui dit: Salopard! je vais te faire enfermer jusqu'à Las Palmas, et te passer à la police dès l'arrivée. Et Juan de défendre sa cause: Je suis apprenti matelot, et je veux naviguer sur les bateaux uruguayens. Mais pour avoir mon livret maritime et mon brevet de matelot, je dois naviguer deux (ou cinq, je ne me souviens pas) ans sur des bateaux étrangers d'abord. Et comme il est impossible d'embarquer à Montevideo, on est obligé de le faire dans un autre port. Et je sais qu'à Las Palmas, il y a beaucoup de trafic, donc une grande chance de trouver une place. Excusez moi du problème que je vous pose. je suis prêt à travailler pour payer mon passage.
Il nous montre ses papiers. En règle. On se dit que le règlement uruguayen est bien mal foutu, mais comme la moitié de la population est fonctionnaire, cela ne nous étonne pas. Le Commandant et moi nous regardons, et tombons d'accord pour accepter la proposition de Juan. Mais nous le prévenons: une fois à Las Palmas, on te débarque ni vu ni connu. OK? Oh muchas gracias Capitan! Me voy a trabajar duramente!
Le Bosco lui trouve une bannette, un peu de linge, et le met au travail. Et il bosse comme jamais on a vu bosser un matelot breton, c'est pas peu dire.
Une fois à quai à Las Palmas, dix jours plus tard, le Commandant lui remet un peu d'argent, il avait bien bossé. Et le soir, il débarque avec une bordée qui allait voir les bars locaux ( Et les petites femmes aussi peut être?). Pas de problème à la porte du port, aucun policier ne demande les papiers. Et voilà notre Juan largué en ville, qui se confond en remerciements.
Nous n'avons jamais eu de ses nouvelles. Quand même dommage, que des bons gars comme çà, courageux, volontaires, bons marins, soient obligés à toute cette gymnastique pour devenir marin Uruguayen !
10:11 Publié dans Marine | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mer, livre, navigation








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Commentaires
Oublie mon message précédent !!! J'ai mal lu les derniers épisodes.
Sorry
François
Ecrit par : Brose François | 22.09.2009
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