27.09.2009

Et c'est quoi votre métier? 72

EPILOGUE (suite et fin 72)

FORMULE 1

Un soir, à Rio de Janeiro, le Commandant et moi devons dîner avec notre agent qui nous invite dans un restaurant sur la plage d'Ipanema. Seulement, nous prenons un peu de retard, des visites de dernière minute.

Nous sortons du port vite vite, et hélons un taxi. A cette époque, les taxis étaient tous soit des Coccinelles, soit des Auto-Union, dans lesquelles le siège avant passager avait été retiré. Pour mieux voir la route? Pour mieux allonger les jambes? Les deux .

Je dis au chauffeur: le plus vite possible à Ipanema, au restaurant X. Là, un grand sourire éclaire soudain le visage du chauffeur . Rarement vu un gars aussi heureux. Surprenant. Mais, je comprends vite pourquoi: Il démarre en cirant les pneus, et nous pilote comme dans un grand prix de Formule 1 en ville. Full speed en avant toute les amis! Feux rouges? Pas vus! Policiers aux carrefours? Pas vus! Circulation? Que des chicanes posées là pour ralentir dans les lignes droites! Virages à angle droit? Dérapages contrôlés dans des hurlements de pneus! Freinages? C'est quoi çà?

En une poignée de minutes, nous stoppons net devant le restaurant dans un dérapage sablonneux. Nous ? Verts ! Tétanisés de s'être aggripés au poignées, en attendant le choc inévitable. Le chauffeur? Encore plus heureux qu'au départ! On le paye avec un pourboire quand même. Muyto muyto obrigado senhores.

Autant vous dire qu'il nous a fallu au moins trois caïperinhas pour nous remettre. On raconte notre course à l'agent: malheureux! ne jamais dire " vite" à un taxi. Ils n'attendent que çà pour faire du Fangio! Et çà cartonne souvent, avec des morts. Un miracle ce soir là, nous en sommes sortis vivants.

Autre particularité de Rio: la grande avenue qui entre en ville, l'Avenida Rio Branco, comporte neuf voies de circulation. Toutes ouvertes vers la ville le matin, et toutes pour en sortir le soir. Et moitié moitié le reste du temps. Astucieux. Une voie centrale dédiée au stationnement. Mais, faut voir, le soir surtout, neuf bus de front alignés au feu rouge, moteur rugissant, qui démarrent comme dans un grand prix pour gagner la course jusqu'au prochain feu, et tous les passagers, debout derrière le chauffeur, qui hurlent: Vas y ! Plus vite ! Allez! Allez! Dans des grands rires et des bras d'honneur aux autres bus qui arrivent derrière eux! Quelle tranche de rires on s'est prise dans le bus! Ah, le Brésil, quelle joie de vivre!

Jamais je n'aurais pu connaître de tels moments sans avoir navigué. Merci la marine. Quel métier quand même!

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